Nos coups de coeur

Féministes musulmanes. 20 portraits: voix et visions
Jamal Ouazzani et Zainab Fasiki
Editions Leduc Graphic, 2026, 143 p.
Musulmanes et féministes
Et voilà un essai graphique vivifiant qui bat en brèche toutes nos idées reçues sur l’islam et qui nous fait découvrir le féminisme islamique! Cet ouvrage retrace la vie et les luttes passionnantes de 20 figures emblématiques: maghrébines, arabes, noires, asiatiques, iraniennes, queer, portant le foulard ou non. Prenons l’exemple de trois femmes engagées. Sherin Khankan défend l’imamat féminin et célèbre des mariages interreligieux dans sa mosquée Mariam. Shereen El Feki analyse la sexualité à travers les discours sur la virginité, les mutilations génitales, la virilité blessée ou la normativité hétérosexuelle pour donner à voir un système de contrôle social et symbolique. Olfa Youssef mène une critique radicale du texte coranique figé dans des interprétations patriarcales, juridiques et littéralistes.
Le parcours de ces femmes audacieuses offre une nouvelle vision de l’islam pensé à travers le prisme de l’égalité et de la justice sociale. A lire absolument!
Simone

Les hommes et le féminisme. Faux amis, poseurs ou alliés?
Francis Dupuis-Déri
Editions Textuel, coll. Petite encyclopédie critique, 2023,159 p.
Qui sont les hommes proféministes?
Francis Dupuis-Déri, l’auteur, enseigne la science politique et les études féministes à l’université du Québec à Montréal, ses recherches l’amènent à poser la question suivante: pourquoi les hommes qui cherchent à comprendre les privilèges que le patriarcat leur octroie, acceptent-ils d’en perdre une partie afin d’atteindre plus d’égalité entre les êtres humains et particulièrement entre les femmes et les hommes?
L’objectif de ce livre est de mieux connaître ces proféministes sensibles aux inégalités et aux injustices qui affectent les femmes, comme les inégalités de fortune et de salaire, de travail domestique et parental non rémunéré, d’accès aux postes de pouvoir.
Quelques-unes des pistes explorées par l’auteur:
Ces alliés se sentent en décalage avec l’identité masculine conventionnelle
Ils ont soif de justice sociale et d’égalité
Ils s’engagent par affection à l’égard de leur femme, sœur, fille.
Mais comme l’a dit Michelle Perrot, historienne féministe, «Il faut à un homme beaucoup d’abnégation, d’amour, de complicité pour être proféministe, cela implique des pertes réelles, et malgré les concessions qu’il accepte de faire, il continuera de profiter de son statut de mâle».
Christine

Et la joie de vivre
Gisèle Pelicot avec Judith Perrignon
Editions Flammarion, 2026, 313 p
«J’ai pris un TGV en pleine figure»
C’est par ces mots que Gisèle Pelicot décrit son état de sidération suite à ce que lui révèle la police: son mari depuis 50 ans, Dominique Pelicot, l’a sédatée pour la violer et la faire violer pendant plus de 9 ans par 50 hommes, identifiés, et recrutés sur internet: son ordinateur recèle des milliers de photos et de vidéos. Gisèle refuse le huis-clos pour le procès, qui va commencer le 2 septembre 2024 et durera 4 mois, pour que la honte change de camp. Grâce à cette décision majeure, ce procès historique dans la lutte contre les violences envers les femmes, acquiert un retentissement international et impose la soumission chimique comme un vrai sujet. Cette «éveilleuse», selon l’historienne Michelle Perrot, témoigne dans son récit d’une résilience stupéfiante et loin de l’image de la «bonne» victime, a retrouvé la joie de vivre et le bonheur.
Monique

La Petite Bonne
Bérénice Pichat
LP, 2025, 258 p.
Un huis clos bouleversant
Alternance de vers libres et de prose, presque sans ponctuation, l’écriture de ce roman est plus qu’originale. Cette forme épouse parfaitement la rencontre de deux personnages que tout oppose socialement et qui se réfugient chacun dans le silence de leur vie cabossée: une gueule cassée de la Première guerre mondiale et une petite bonne redoutant de prendre soin de lui le temps d’un week-end. Voilà le tableau. Maître mutilé passionné de musique et domestique abîmée par la vie dans les années 30. Elle devra entrer dans son intimité, le toucher, le laver, le nourrir, en l’absence de Madame. Ce premier roman de Bérénice Pichat est un huis clos psychologique fait de non-dits pesants, de corps à corps singuliers, qui déjoue toutes les attentes du lecteur. Et en plus, il donne à voir la dure condition de la vie de domestique, femme exploitée, toujours au service des autres, patrons mais aussi mari, au début du XXe siècle. Un récit bouleversant.
Simone

Les Femmes de la Caroline
Laurence Gauvin et Sandrine Perroud, avec une préface d’Ananda Devi
Editions d’en bas, 2026, 269 p.
Un fait divers glaçant dans le Lausanne de la Belle Epoque
Marie Seewer, une veuve lausannoise, est tuée à coups de hache dans son appartement de la rue Caroline le 8 janvier 1912. Sa bonne, une jeune fille au pair alémanique de 17 ans, Elisabeth Brack, avoue très vite son crime et sera jugée irresponsable, dans un procès à grand retentissement, et internée d’abord à l’Asile de Cery puis en Suisse allemande. Les deux autrices ont choisi la fiction pour revisiter cette histoire en inventant même des personnages pour donner plus de véracité au récit. Ce roman choral redonne voix à toutes les protagonistes, habitantes de la maison entre autres, pour une pluralité de points de vue. En plus de cette analyse sociale et féministe, Laurence Gauvin et Sandrine Perroud nous offre une reconstitution vivante de Lausanne au début du siècle passé ainsi que les expertises du Professeur Rodolphe Reiss, fondateur de l’Institut de police scientifique de la capitale vaudoise, nous montrant les débuts de la criminologie moderne. De quoi ravir les amateur. ices d’histoire locale!
Monique

Fille Garçon
Hélène Druvert
Livre jeunesse,
Editions Saltimbanque, 2021
En une dizaine de planches et un foisonnement de couleurs, ce livre invite à explorer toutes les façons d’être enfant. Rêves, jeux, amitiés et identités se déclinent, se découvrent grâce aux calques et aux pliages qui rythment chaque page. Cette réalisation d’Hélène Druvert allie beauté des illustrations et phrases ciblées pour questionner les idées parfois bien fermées qu’on projette sur les filles et les garçons. À feuilleter sans modération!
Adèle

Ma vie sur la route. Mémoires d’une icône féministe
Gloria Steinem
Ed. Harper Collins, 2019
Joyeux anniversaire à Gloria Steinem, qui a fêté ses 92 ans le 25 mars!
Si vous ne connaissez pas encore la féministe américaine iconique, plongez sans attendre dans ses mémoires. Ma vie sur la route est une porte d’entrée enthousiasmante dans la vie et la pensée de cette femme aux mille combats. Loin de la simple autobiographie, son livre déroule les récits des personnes rencontrées, les moments historiques traversés. Comme son autrice, on se laisse surprendre au gré des anecdotes qui renversent doucement nos préconceptions. Défilent ainsi chauffeurs de taxi et étudiantes militantes, Conférence nationale des femmes en 1977 et campagne présidentielle de 2008. Avec humour et tendresse, Gloria Steinem retisse les liens du féminisme, entre passé et présent, intime et politique. Elle offre en partage sa conviction que le changement se construit ensemble, pour le meilleur, à l’image des cercles de paroles qu’elle a si souvent expérimentés. Comme elle le suggère en introduction, peut-être que « nous avons toutes une moto violette en nous » : nous méritons en tout cas toutes d’avoir la voix de Gloria Steinem pour accompagner nos pas.
Adèle

La femme à la valise
Les Amies de la jeune fille en Suisse
Esther Hürlimann, Ursina Largiadèr, Luzia Schoeck,
Editions Alphil, 2025, 198 p.
Lutter contre les violences faites aux femmes et leur offrir un refuge à loyer abordable, telle est encore actuellement la mission de Compagna Conviva qui a remplacé en 1999 Les Amies de la Jeune Fille. Un livre qui vient d’être traduit en français retrace l’histoire passionnante de cette association internationale dont la section suisse a été fondée en 1886. Objectif: soustraire aux griffes de la prostitution les jeunes femmes vulnérables arrivant en ville pour y tenter leur chance.
Cet ouvrage richement illustré nous montre comment, de la fin du XIXe siècle à aujourd’hui, les valeurs qui ont inspiré ces pionnières du travail social ont évolué: de dames de bienfaisance chrétiennes et moralisatrices, elles se sont muées en professionnelles tout aussi engagées. Effectivement, pour durer, cette association féminine, la première de notre pays, a dû s’adapter à chaque époque et se transformer. Ainsi, certains lieux d’hébergement sont actuellement gérés par des sociétés hôtelières pour allier rentabilité et engagement social fort, d’autres sont devenus mixtes. A Lausanne, à la rue du Simplon 2, la Pension Bienvenue, fondée par Les Amies de la Jeune Fille, va être transformée de fond en comble et deviendra la Maison Emilie en hommage à Emilie Gourd, militante du droit de vote des femmes. Ce bâtiment continuera à servir de refuge et de tremplin pour des femmes de passage ou en situation de précarité. Un bel héritage bien vivant!
Simone
